Le Stade Yves-du-Manoir, mémoire vivante du sport français
Qu’on l’appelle Stade Yves-du-Manoir ou Stade Olympique de Colombes, ce lieu mythique incarne à lui seul un siècle d’exploits sportifs et de souvenirs collectifs. Véritable symbole du sport en France, il a vu défiler les plus grandes compétitions et les foules passionnées.
Construit en 1924 sous sa forme la plus connue, le site avait à l’origine une toute autre vocation : il était destiné aux courses hippiques. C’est en 1907, avec le rachat du terrain par le quotidien Le Matin, qu’il devient un lieu consacré au football et au rugby. Rebaptisé alors Stade du Matin, il peut accueillir jusqu'à 20 000 spectateurs.
La désignation de Paris pour l'organisation des Jeux Olympiques de 1924 pousse les autorités à rechercher un grand stade. Après de nombreux projets, c’est finalement le site de Colombes qui est choisi, grâce à l’intervention décisive du Racing Club de France, qui s’engage à financer la construction d’un stade de 60 000 places. En échange, le club obtient 50 % des recettes des Jeux. L’architecte choisi est M. Dujarric, lui-même ancien sportif et membre du Racing.
À partir de 1924, Colombes devient le cœur battant du sport français : il accueille la Coupe du monde de football 1938, les finales de la Coupe de France, des rencontres internationales de rugby et de football, ainsi que de prestigieuses soirées de boxe. À une époque où la France manque cruellement d'infrastructures modernes, Colombes est le stade incontournable.
Mais les années passent, et la rénovation du Parc des Princes dans les années 1970 — notamment sous l'impulsion de la loi Borotra — fait basculer la donne. À partir de 1972, les grandes compétitions délaissent Colombes au profit du nouveau stade parisien. Le Stade Yves-du-Manoir entame alors une lente perte de vitesse.
En 1982, une première rénovation tente de redonner vie au stade, sans réel succès. Les années 1980 voient surtout Colombes briller par les grands rassemblements des Témoins de Jéhovah, un concert mémorable de Bob Dylan et quelques matchs de football marquants, notamment trois barrages d’accession en Division 1, disputés devant plus de 100 000 spectateurs cumulés.
Mais à partir de 1988, le stade n’est plus aux normes : les places debout sont interdites et les tribunes vétustes. En 1993, la tribune Marathon et une grande partie des virages Argenteuil et Colombes sont détruits. Le stade passe alors d’un statut international à celui d’infrastructure régionale.
Malgré plusieurs projets de rénovation, aucun n’aboutit. En décembre 2002, le Conseil général des Hauts-de-Seine devient propriétaire du site pour 5,7 millions d’euros, sans que cela ne débouche immédiatement sur une transformation du lieu. Le Stade Yves-du-Manoir accueille alors les matchs du Racing Football Club en National (D3) et du Racing Métro 92 en Pro D2 (rugby), dans une relative discrétion.
La parenthèse Racing Métro 92
Il faut attendre 2007 et l’arrivée de Monsieur Jacky Lorenzetti à la tête du Racing Métro 92 pour que Colombes revive. L’ambitieux président redonne vie au stade : le public revient, l’équipe gravit les échelons et accède au Top 14.
En 2009, le stade connaît une rénovation significative : Lorenzetti finance sur ses fonds propres la construction d’une tribune latérale de 5 000 places, et d’un pesage de 2 000 places sur l’ancien virage Colombes. Le nouveau Stade Yves-du-Manoir peut désormais accueillir 14 000 spectateurs.
Mais ce renouveau reste temporaire. L’impossibilité de moderniser en profondeur un site contraint pousse le président du Racing à envisager la construction d’un nouveau stade. Le projet Paris La Défense Arena à Nanterre est lancé, et devient réalité en 2017. Le dernier match officiel à Colombes pour le Racing a lieu en avril 2017. Le club quitte son enceinte historique.
La renaissance olympique
Après le départ du Racing 92, le stade semble une fois encore voué à l’oubli. Mais une formidable opportunité se présente avec l’attribution des Jeux Olympiques de Paris 2024.
En 2019, le Comité International Olympique valide l’intégration du Stade Yves-du-Manoir comme site olympique officiel, pour accueillir les épreuves de hockey sur gazon. C’est un symbole fort : 100 ans après les Jeux de 1924, Colombes redevient olympique.
Dès 2021, de vastes travaux de réaménagement sont engagés :
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Construction de deux terrains de hockey aux normes internationales,
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Création d’une tribune temporaire pour 5 000 spectateurs,
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Modernisation des infrastructures sportives (vestiaires, salle de musculation, pôle de formation),
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Préservation du patrimoine historique et ouverture à la pratique locale.
À l’été 2024, le site retrouve la lumière en accueillant avec succès les épreuves de hockey des Jeux Olympiques de Paris. Le public, la presse et les athlètes saluent la qualité du site, son ambiance et son importance symbolique dans l’histoire du sport français.
Et bientôt, le retour du Racing 92
Mais l’histoire entre le Racing et Colombes n’est pas terminée. En 2023, Jacky Lorenzetti annonce officiellement que le Racing 92 reviendra jouer au Stade Yves-du-Manoir à partir de 2027, dans une enceinte modernisée.
Le projet prévoit de transformer le site olympique en stade polyvalent, capable d’accueillir des matchs de rugby, tout en conservant les infrastructures dédiées au hockey. Ce retour tant attendu scelle les retrouvailles d’un club et de son stade de cœur.
Colombes, un stade éternellement vivant
Demeuré dans la mémoire collective comme un temple du sport français, le Stade Yves-du-Manoir n’a jamais cessé de battre. De l’épopée olympique de 1924 à celle de 2024, des gloires du Racing aux promesses de demain, il prouve qu’un stade peut vieillir… sans jamais perdre son âme.